Chapitre 3 : Disparition (Jenna)
C'est un peu flippant de se faire suivre partout où on va par un terminal. Ma s½ur ne voit pas pourquoi il me colle, moi non plus d'ailleurs. Je n'aurais peut-être pas cherché à l'éviter si les événements avaient été différents. Avec ce tueur en série, tous ces morts et surtout ce cauchemar... Non, il valait mieux pas que je le fréquente trop... Je sais bien qu'un rêve ne représente rien... Mais il avait l'air si réel ! Bon j'admets que je ne vois pas Caleb les yeux rouges et les dents longues et pointues... Disons... Juste cette nuit. Et c'était sans doute à cause de cette fille qui avait été retrouvée égorgée dans la seule pièce déserte de la fête... Ce qui me troublait le plus, c'est que Cléo avait fait exactement le même rêve. D'ailleurs quand elle en a parlé, elle a dit que le garçon lui rappelait quelqu'un. Je ne lui ai pas dit... C'était pas logique. On connaissait à peine ce mec, pourtant il venait hanter nos rêves... De plus que nos rêves veulent souvent dire quelque chose. Il ne faut pas le prendre au pied de la lettre, évidemment, Caleb n'est pas un vampire... Mais il a peut-être quelque chose à cacher. Un lourd secret. Et c'est pour ça que je le fuis. Ce qui est dommage pour notre ligne téléphonique et la sonnerie qui a fini par tomber en panne tellement il l'utilisait. Cléo en avait marre de lui ouvrir pour lui claquer la porte au nez. Alors elle le laissait sonner en écoutant de la musique à fond pour couvrir le bruit. On avait fini par débrancher tous les téléphones de la maison, ce que nos parents n'ont pas très bien pris. Mais bon, ce n'est qu'un détail, surtout qu'ils sont jamais là. La sonnette ne marchant plus, il s'obstinait à frapper et à se casser les mains. Il peut faire ce qu'il veut, on n'ouvrira pas. J'allumai la musique et la mis au max pour couvrir le vacarme, ma s½ur avait eu une bonne idée. J'allumai mon ordinateur et vérifiai mes e-mails. J'avais cinquante nouveaux messages. Tous de lui... Mais comment il avait eu mon adresse mail ?! Je vais la tuer... Jessie... Elle peut pas se taire parfois celle-là. Demain si je la vois, je la tues, je la trucide et le tueur en série aura l'air bien fade à côté de moi. Il m'a fallut une bonne heure pour supprimer tous ses messages. Parce que quand je les supprimais, d'autres arrivaient. Ce qu'il peut être collant. Je crois qu'il vaut mieux mettre les choses au clair. Quelques minutes plus tard, les coups reprirent. Il était de retour. Déjà. Bon, mettre les choses au clair... D'accord. Mais maintenant ou un autre jour ? Maintenant, ça lui évitera de défoncer la porte. Parce que là, ses coups sont plus violents, si on s'inquiète de l'état de la porte, il vaudrait mieux que j'y aille... Je descendis donc. Je respirai un bon coup et ouvris la porte. C'était bien lui. Il était encore plus pâle que d'habitude :
-Cléo ? Je peux voir Jenna, ne me claque pas encore la porte au nez comme les autres fois. C'est super important, tu ne peux pas savoir à quel point, c'est une question de vie ou de mort !
Je ne répondis pas. Il commença à s'énerver :
-Bon, va la chercher, petite ! fit-il.
Je souris :
-Ouais, elle m'avait dit que tu l'appelais comme ça. Mais tu sais, on a le même âge, elle est plus jeune que toi, mais moi aussi, et pourtant tu ne m'appelles pas « petite ». En tout cas, tu ne l'as pas fait les rares fois où on s'est croisés. Bon, j'avoue, on ne disait pas grand chose. Répliquai-je.
-Jenna ?
-Non, t'as dit que j'étais Cléo. Ripostai-je, soudain certaine que je ne voulais pas lui parler.
Je m'apprêtai à lui claquer la porte au nez. Après tout, il avait l'habitude :
-Il faut que je te parle. Dit-il.
-Et qu'est-ce que tu es en train de faire là ? raillai-je.
-Oui, je...
-Ouais, c'est ça, bon faut que j'y aille salut !
Il me retint par le bras. Fort, je ne pouvais pas m'en aller :
-Lâche moi ! lui ordonnai-je.
C'est pas comme s'il allait faire ce que je lui avais dit, au contraire il serra plus fort. Trop fort. Ça faisait mal...
-Aïe, arrête tu me fais mal. Me plains-je.
Son air glacial, aussi froid que sa peau, mit fin à mes protestations. Il me lâcha :
-Bon je t'écoute.
-D'abord, je voudrais savoir pourquoi tu m'évites. Dit-il.
-On ne se connaît pas. Je vois pas pourquoi tu t'obstines. Répondis-je.
-On s'est connu... Il y a longtemps... murmura-t-il si bas que je ne fus pas certaine d'avoir bien compris.
-Quoi ? fis-je un peu perdue.
-Non, rien. Je veux juste que tu sois prudente.
-...
Il dû se méprendre sur la signification de mon silence car il ajouta :
-Ce tueur en série ne partira pas tant qu'il n'aura pas fini ce qu'il est venu faire ici. Et il ne l'a pas encore fait, pour l'instant, il n'a fait que s'entraîner... S'amuser... soupira-t-il.
-Tu as l'air bien renseigné, on dirait. Le tueur, ça ne serait pas toi par hasard ?
Si c'était le cas, il y avait des témoins dans la rue, je pouvais toujours hurler. Et puis j'étais à deux pas de chez moi. Je ne craignais pas grand chose...
-Non. Pas exactement.
Il avait l'air sincère, mais le « pas exactement » me perturbait. Cela me faisait croire qu'il en savait beaucoup plus qu'il ne voulait le dire sur cette affaire. Mais il était inutile de lui en demander d'avantage, il ne répondrait pas.
-C'est tout ce que tu voulais me dire ? le questionnai-je.
Il ne répondit pas tout de suite. Il avait l'air hésitant.
-Parce que si c'est le cas, t'es vraiment gonflé ! On ne se connaît pratiquement pas alors tu n'as pas à me harceler pour me dire un truc dans le genre ! m'énervai-je.
Il sourit. Il avait u si beau sourire que s'il l'avait fait avant j'aurais sûrement eu du mal à lui crier dessus :
-Ne joue pas avec le feu, Jenna, tu es peut-être la prochaine sur la liste. Il vaut mieux avoir certaine personne comme amis plutôt que comme ennemis.
Je baissai les yeux, méditant un moment sur ces étranges paroles.
-C'est de toi dont tu parles ? voulus-je savoir.
Mais il avait disparu. J'y crois pas ! Il me traque pendant des jours et s'en va comme ça sans un au revoir !
Je rentrai. Cléo était là, dans l'entrée. Si je ne la connaissais pas aussi bien, je dirais qu'elle nous avait espionner.
-T'as tout entendu ? l'interrogeai-je.
-Presque tout. Rectifia-t-elle.
-J'aurais dû lui « parler » plus tôt. Il m'aurait donner un conseil stupide et m'aurait fichu la paix plus tôt. Remarquai-je.
-Mouais... C'est bizarre qu'il ne soit venu que pour ça... Il disait que c'était urgent, et franchement ça ne l'est pas spécialement. Remarqua ma s½ur.
-Qu'est-ce que tu voulais qu'il aie de si important à dire ? Il est taré c'est tout.
-Oui. Ou alors il avait quelque chose d'autre à dire, de très important mais il s'est découragé à la dernière minute. Supposa-t-elle.
-Possible. Mais bon, on ne va pas parler de lui tout la nuit !
-Ouais...
Elle retourna dans le salon et se remit sur son ordinateur. E l'avoue, c'est une occupation très intéressante qui fait passer le temps beaucoup plus vite. Que deviendrons-nous sans ordinateur ?
Je m'installai à côté d'elle et allumai la télévision. Celle-ci se mit directement sur la chaîne des informations, ce qui était assez bizarre puisque nous ne regardions jamais les infos. J'allais changer de chaîne quand quelque chose attira mon attention. Ce qu'on voyait... C'était notre ville. C'était chez Jessie. Il parlait sans doute de la morte de la soirée. Je mis le son plus fort, j'espérais vraiment qu'ils aient appris quelque chose de nouveau même si j'en doutais un peu. Cet assassin ne s'était encore jamais fait attraper alors qu'il avait déjà bien visité le monde, je ne voyais pas comment un mort parmi tant d'autres aurait pu causer sa perte. Mais espérer ne peut jamais faire de mal :
-Cette maison aura donc accueilli deux morts en à peine deux jours. La mort s'est abattue dans cette ville, et spécialement dans ce manoir de la mort. Donc comme nous le disions, la fille cadette de la famille a été retrouvée morte, égorgée elle aussi, dans sa penderie. Son frère ayant remarqué son absence l'a cherché dans sa chambre et a ouvert le placard... Voilà comment il a découvert son corps livide, il n'y a toujours aucune trace, rien du tout. La police est toujours hors-piste. On s'inquiète tous, que cherche le meurtrier dans une ville qui était si calme et paisible ? Semer le trouble ? Mais dans quel but ? Tellement de questions sur ce mystère. Voilà, maintenant nous enchaînons avec la faim dans le monde, les habitants du...
La fille cadette ? Je jetai un coup d'½il à Cléo qui avait bien sûr tout entendu, les écouteurs qu'elle avait dans les oreilles n'avaient pas été suffisants...
-Jessie... Jessie est morte... bafouilla-t-elle.
-Je suis désolée.
Bien sûr, je ne l'appréciait pas beaucoup (même pas du tout) mais je n'aurais jamais souhaitais sa mort. Ça devait être un choc pour Cléo encore plus grand que pour moi. Non seulement elle venait de perdre son petit copain mais sa meilleure amie l'avait aussi rejoint dans la tombe. Le pire était que ces deux derniers crimes avait été fait dans une habitation. Alors que tous les autres avaient été retrouvés dans une ruelle sinistre et sombre... Je regardai l'heure. Il était vingt-trois heure trente. Je jetai un dernier regard à ma s½ur :
-Ça va aller ? m'inquiétai-je.
-Oui... Je crois...
-Bon, je vais me coucher, à demain...
-Bonne nuit. Répondit-elle, toujours sous le choc.
Il faisait nuit, il n'y avait pas une seule étoile dans le ciel, pourtant je ne discernais aucun nuage. Ben, ce détail n'est pas très important. Le problème, c'est que je n'ai aucune idée de l'endroit où je me trouvais. J'avais froid... Et j'étais perdue. D'ailleurs, comment j'étais arrivée là, moi ? Je commençai à avancer, même si je ne savais pas par où je devais aller, je continuais, avec un tueur probablement dans les parages, il valait mieux que je ne reste pas sur place. En marchant, je finis par atteindre une ruelle éclairée. Pas pour longtemps, les lampadaires s'éteignirent tous après un long grésillement. Super ! Je n'y voyais plus rien. J'entendais quelqu'un. Une respiration qui n'était pas la mienne. Il y avait quelqu'un. C'était peut-être lui (ou elle, le tueur je veux dire). Je commençais à sérieusement paniquer :
-Qui... Qui est là ? demandai-je d'une petite voix.
-Jenna ?
-Oui.
J''étais soulagée, c'était Cléo. Les lumières se rallumèrent. Quelqu'un d'autre arriva. Caleb. Sensation de déjà-vu. Le rêve. Etais-je en train de rêver ?
-Qu'est-ce que vous faîtes ici à cette heure ? nous demanda-t-il.
-C'est une très bonne question. Malheureusement, on ne pourra pas te répondre. Répondis-je.
-Je vous raccompagne ?
-Non, ça ira.
On était sans doute perdue, mais je commençais à douter de la réalité de la situation. Enfin... D'un côté, comment pouvait-on avoir froid dans un rêve ?
-Faîtes attention à vous, je ne suis pas la seule menace du coin. Affirma-t-il.
-Hein ? intervint Cléo, qui comme moi n'avait rien compris.
Ses yeux devinrent rouge. Il sourit, ses dents longues et pointues brillaient à la lueur des lampadaires.
Je me réveillai en sursaut. Je le savais, ce n'était qu'un rêve ! Une légère brise vint faire voler mes cheveux. La fenêtre était grande ouverte. C'est étrange, je me souvenais parfaitement de l'avoir fermée... Je me levai et la refermai. Un coup d'½il à mon réveil m'apprit qu'il était plus de sept heure et quart. Je me préparai et descendis. Cléo n'était pas là. Je remontai et allai dans sa chambre. Je ne squatte pas souvent sa chambre, rassurez vous. Elle n'était pas là non plus, son lit était fait. Et un tas de feuilles était sur son bureau. Je m'approchai et inspectai les articles de journaux... Pourquoi avait-elle gardé ça ? Ça n'allait pas l'aider à tourner la page une bonne fois pour toute.
-Je peux savoir ce que tu fais ? intervint Cléo.
Je sursautai et me retournai :
-T'étais où ? Je t'ai cherchée dans toute la maison ! m'exclamai-je.
-J'ai pris l'air mais ça ne me dit pas pourquoi tu fouilles dans ma chambre.
-Pourquoi tu gardes ça ? Je sais que les morts d'Alex et de Jessie t'ont affectés mais de là à garder ces horreurs... commençai-je.
-Il n'y a pas que ça, quelque chose m'intrigue dans ces affaires...
-Quoi ? Que le tueur est un vrai psychopathe ?
-Non, toutes les victimes ont étés égorgées, t'es bien d'accord ?
-Oui, mais...
-Regarde ça, à part la fille de ta classe, le sang a disparu. Déclara-t-elle.
-Quoi ?
-Les victimes sont égorgées mais quand on les retrouve, il n'y a pas une goutte de leur sang, tu trouves pas ça bizarre ? Le sang ça s'évapore pas comme ça ! Qu'est-ce que tu crois que l'assassin a bien pu faire de tout ce sang ? insista ma s½ur.
-Il les a peut-être tué ailleurs... proposai-je.
-Il resterait du sang sur eux. Cette histoire n'est pas nette.
-Personne n'a dit qu'elle l'était. Mais je crois qu'on ne devrait pas s'en mêler, cela pourrait nous attirer des problèmes...
-Mais il va continuer à tuer, on sera peut-être les prochaines, il faut savoir à quoi on a affaire ! protesta-t-elle.
J'étais d'accord avec elle. Caleb était sans doute au courant de quelque chose, il fallait que je le voie, et que je lui parle, en espérant qu'il réponde aux nombreuses questions que je me posais. Mais pas question de lui en parler maintenant, quand j'aurais du nouveau, je lui en parlerais. Mais pas avant. Il était inutile de lui donner de faux espoirs. Et puis d'abord, je devais trouver Caleb, maintenant qu'il avait dit ce qu'il avait à me dire, il ne viendrait plus sonner chez nous. Le meilleur moyen était le lycée... Dire qu'on est obligés à y aller alors qu'on a eu deux de nos camarades qui sont morts en même pas deux jours...
On alla donc ensemble au lycée. Les heures passèrent très lentement. Le matinée finit enfin. J'allais rentrer, toujours sans le moindre signe du garçon, quand j'aperçus le frère de Jessie :
-Salut Jeremy... Je suis désolée pour ta s½ur...
-Hum... Merci...
-Caleb, il est bien dans ta classe ? lui demandai-je.
-Oui, pourquoi ? me demanda-t-il.
-Tu sais où je peux le trouver, il faut que je lui parle, c'est important...
-Je suis désolé mais il est pas venu. Il est sûrement malade. S'excusa-t-il.
Et mince ! Je fais quoi alors ?
-Tu ne saurais pas où il habite par hasard ? insistai-je.
-Si, si...
Il s'occupait de ses devoirs alors il connaissait son adresse. Il me la donna. Je le remerciai et partis. Comme on était samedi, je n'avais pas cours de l'après-midi, il me restait toute la journée. Mais mieux valait y aller le plus tôt possible. Je me rendis à l'endroit indiqué et sonnai. Un garçon d'environ le même âge que lui, plus grand que moi d'au moins une dizaine de centimètres, le teint légèrement hâlé et de grands yeux du même vert encadrés par des cheveux blonds foncés, ouvrit.
-Oui ?
-Euh... Je me suis peut-être trompée d'adresse... Je cherchais Caleb... marmonnai-je.
-Ah, toi aussi ? fit-il dans un ton mystérieux.
-Comment ça moi aussi ? m'étonnai-je.
-Je ne sais pas non plus où il est. A vrai dire, ça fait des heures que je le cherche. Si tu le troues, tu lui diras que je le cherche ?
-Euh... (la réplique trop originale). Oui ? Mais t'es qui au fait ?
-David, son frère...
-D'accord...
Il sourit et me claqua la porte au nez. Je restai un instant bouche bée devant la porte. C'était qui celui-là ? Et surtout où était Caleb ?
Je rentrai chez moi avec une désagréable sensation. Je m'inquiétais. Pour Caleb ? Peut-être, mais ça je ne l'admettrais jamais à personne. J'avais un mauvais pressentiment... Il allait se passer quelque chose de grave... Bientôt.
-T'étais où ? voulut savoir ma s½ur dès que je fus rentrée.
-Quelque part... répondis-je vaguement.
-Mais encore ?
-Je cherchais quelqu'un...
-Tu ne veux pas m'en parler... Ça serait bien la première fois que tu me caches quelque chose. Murmura-t-elle.
-Je ne te cache rien du tout. Protestai-je.
-Hum...
Elle ne me croyait pas. Voilà pourquoi j'évite de lui mentir, je ne sais pas mentir.
-Bon, d'accord. Caleb a disparu. Avouai-je finalement.
Elle me fixa bouche bée. Pour elle ça voulait dire qu'il était le coupable. Pas pour moi. Il était peut-être... La victime...